Aurélie GOSSELIN
Psychopédagogue et psychopraticienne
Diplômée en Neuropsychologie
psy cog pedagogique
Aurélie GOSSELIN
Psychopédagogue et psychopraticienne
Diplômée en Neuropsychologie

Inhibition et impulsivité émotionnelle, les adultes aussi sont concernés


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Un de mes sujets favoris depuis que je travaille avec les enfants en libéral est celui de l’inhibition. L’inhibition est un processus cognitif qui permet de filtrer les informations non pertinentes dans une situation donnée. Cette faculté entre bien sûr en jeu dans les apprentissages mais aussi dans la vie quotidienne et notamment dans les réactions émotionnelles. J’aime travailler l’inhibition avec les enfants car elle permet une vraie réflexion et de vrais progrès autour de la question de l’impulsivité et des réactions émotionnelles non régulées, les leurs, les miennes et celles des autres.

« Jamais un envieux ne pardonne au mérite. », Pierre Corneille

Mésaventures professionnelles, contrôle inhibiteur et petites leçons de vie

La fin d’année a été mouvementée et je me suis longtemps interrogée sur la façon d’aborder ces anecdotes qui me tenaient à cœur. L’objectif n’était pas de rédiger un article vengeur ou moralisateur. Je crois avoir trouvé ici une approche qui me convienne et si cette chronique peut interroger notre impulsivité (la vôtre, la mienne, la nôtre) alors, j’aurai, sans aucun doute, atteint mon objectif.

Un malentendu et une grosse frustration

En septembre, je reçois un élève et ses parents qui me confient avoir été envoyés sur recommandation d’une professionnelle à proximité. Depuis mon installation en Bretagne, les recommandations de professionnels sont rares donc je suis ravie. Aussitôt la famille partie, je cherche un moyen de contacter la personne en question et lui envoie un message de remerciements dans lequel je lui propose d’échanger. Ma proposition reste lettre morte mais qu’importe, je suis contente et, je l’avoue, j’ai un peu la pression.

Quelques jours plus tard, en pleine nuit, un week-end, un avis négatif apparaît sur ma fiche Google. Un compte anonyme, ne comportant que cet avis, me reproche d’usurper mes fonctions, de mentir sur mes compétences et d’user de termes réservés aux psychologues. Le même jour, cette professionnelle recommande chaudement, sur Google, une autre psychopédagogue.

Je comprends vite : Les parents se sont trompés, je n’étais pas la professionnelle qui avait été suggérée. Oups. De toute évidence, dans l’histoire, quelqu’un est vexé (et ce n’est pas moi).

Les émotions ou la raison ?

Je réponds et signale l’avis à Google. Il disparaît. L’histoire pourrait s’arrêter là.

Pourtant, pendant plusieurs semaines, l’avis va revenir, régulièrement, méthodiquement. Souvent, c’est le soir, le week-end, entre deux et trois heures du matin, tandis que  je dors (trop ?) paisiblement. Et je re-signale. Et il revient.

L’inhibition est un frein. C’est la pédale sur laquelle vous appuyez avant de prendre le mur ou de franchir la ligne blanche. Dans certaines circonstances, cette pédale perd en efficacité : la fatigue, les ruminations, la colère, l’injustice, la rage

L’inhibition, ici, n’a pas suffit. Parce que cette personne a fait de la reconnaissance du titre de psychologue une lutte personnelle, l’émotion a pris le dessus. Que ce soit bien clair : je ne suis pas psychologue, je ne me suis jamais revendiquée comme telle. Je n’apparais même pas comme psychothérapeute sur Google (contrairement à des centaines d’autres, j’ai vérifié…)

Je ne dis pas que la cause n’est pas juste. Je dis que l’inhibition doit permettre, à un adulte qui plus est, de faire la distinction entre noble cause et diffamation.

Qui qui copie ?

Toute à mes aventures avec ma fiche Google, me vient alors l’idée, début décembre, de vérifier ma réputation sur Internet. Je vogue au gré des pages, de la console de gestion du site et je tombe, tout à fait par hasard, sur un lien qui redirige vers mon site. Curieuse, je vais jeter un œil.

Stupeur.

Une partie de mon site est reprise, mot pour mot. Je poursuis et élargis mes recherches grâce aux sites permettant de détecter le plagiat et ce n’est pas un mais trois sites qui ressortent. Mon contenu est copié en 30 et 60% sur chacun de ces sites.

Il faut bien avoir en tête que le plagiat a un impact négatif aussi bien pour la personne qui le pratique pour celui qui est plagié : si Google détecte le plagiat, il pénalise votre site. Si Google confond le site du plagieur et celui du plagié, c’est le deuxième qui est pénalisé et qui dégringole dans les résultats de recherches. C’est un risque que je ne peux pas prendre.

Je demande donc aux personnes concernées de modifier.

Réactivité et mauvaise foi

Sur les trois personnes concernées, deux d’entre elles réagissent rapidement et positivement. Elles s’excusent et font les modifications dans les délais demandés. Je les remercie, bien évidemment. Et je le fais encore dans cet article : merci à elles.

Ici encore, l’émotion a pris le pas, la peur peut-être de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir trouver les mots, la facilité aussi de copier un site clé en main, l’envie de gagner du temps. Le contrôle inhibiteur est court-circuité par l’émotion et l’opportunité est trop belle pour résister. Ce sont des choses qui arrivent, on tourne la page.

La troisième personne, en revanche, ne répond pas. Lorsque je le relance quasiment au bout du délai accordé pour faire les modifications, mon deuxième mail est sûrement plus incisif que le premier puisque j’obtiens une réponse assez inattendue : ce n’est pas vraiment du plagiat mais une similitude dans les termes employés. Aussi, cette personne ne comprend pas ma demande et souhaiterait pouvoir en échanger de vive voix.

Après avoir prouvé le plagiat avec des captures d’écran, j’obtiens que le contenu soit modifié. Ce qui m’interroge dans ce cas, pourtant, c’est l’aplomb et la mauvaise foi à laquelle j’ai été confrontée. Cette personne qui était peut-être, finalement, de toutes, la seule à savoir exactement ce qu’elle faisait, n’a pas su s’arrêter avant de franchir la ligne morale qui est de ne pas tricher, de ne pas copier (ce qu’on apprend aux enfants, donc). Confrontée à la réalité, elle n’a pas pu/su assumer et a choisi, pour le coup, d’ignorer une honte qu’elle ne pouvait supporter.
A croire que son contrôle inhibiteur n’était pas si défaillant qu’il y paraît. Tout est question de temporalité.

Et moi dans tout ça ?

Un peu facile, me direz-vous, d’accuser les autres de manquer d’inhibition mais de ne rien dire de mes propres réactions.
Alors, est-ce que j’ai été impulsive moi aussi ? Sans aucun doute.

Après la publication de l’avis Google, j’ai paniqué. J’ai signalé, j’ai vérifié la page 250 fois par jour. Et aujourd’hui encore, je vérifie régulièrement. Je suis dans une espèce de veille permanente parce que je n’arrive pas à reprendre le contrôle, à retrouver une forme de sérénité. L’angoisse de voir le site et mon travail s’écrouler est trop forte. Je rationnalise, je relativise mais ça ne fonctionne pas toujours. En revanche, je n’attaque personne sur les réseaux, je ne nuis pas à ceux dont je doute des compétences et je ne le ferai certainement pas sans avoir pris le temps d’échanger avec.

Pour ce qui est du plagiat, j’ai réagi brutalement. Le premier mail envoyé a été particulièrement agressif. Je me suis rattrapée sur les suivants mais j’ai bien conscience d’avoir réagi sous le coup de la colère et je ne me suis pas excusée.
Par mauvaise foi ou parce que l’agacement était légitime ? Je vous laisse juges !

La leçon que je tire de ces deux mésaventures, c’est que l’écrit est toujours une bonne solution, à condition de ne pas envoyer un mail ou une réponse sous le coup de l’émotion. De la même façon que j’ai attendu pour publier cet article, je prends le temps, maintenant, de différer mes réactions.

Et après ?

Cet article ne se veut ni théorique, ni scientifique. Il y a plein de choses à dire sur les processus cognitifs en jeu dans l’inhibition et la mauvaise foi et cela fera peut-être un jour l’objet d’un autre article.

Parfois l’émotion prend toute la place, la tentation de céder à une remarque acerbe, à la facilité ou à la colère est si grande qu’elle apparaît comme la seule option. Comme on se laisse parfois glisser au stop, comme on franchit l’air de rien la vitesse limite en ignorant le danger, l’infraction paraît légère, le risque mesuré.
Mais, que se passe-t-il après ?

Est-ce que cette professionnelle qui a cherché à me nuire se sent mieux aujourd’hui ? Est-ce que la satisfaction de cette pulsion éphémère lui a apporté quelque chose de gratifiant, si ce n’est sur l’instant ? Le plagiat valait-il le risque d’une plainte ou la honte d’être pris en flagrant délit ?

Tant que le pied hésite encore entre l’accélérateur et le frein, il est encore possible de se poser la question : les conséquences d’un défaut d’inhibition (confrontation à la réalité, excuses) ne sont-elles pas plus coûteuses que l’inhibition elle-même ? Et c’est, sans aucun doute, le plus puissant garde-fou qui soit.


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