Psychologue, psychopraticien, psychothérapeute : comment s’y retrouver ?
Si vous cherchez un psy sur Internet, même dans un périmètre restreint autour de chez vous, il est fort probable que vous vous retrouviez noyé sous les propositions de praticiens en hypnose, psychothérapie, EMDR, EFT, TCC et tant d'autres... parmi lesquels il est parfois difficile de s'y retrouver.
Parallèlement, certains collectifs de psychologues militent pour un usage encadré des termes liés à la santé mentale et pour que ces nouvelles professions soient davantage réglementées et surveillées.
Alors, parce qu'il m'arrive également d'être sous le feux de certaines critiques, je vous propose, dans cet article, de faire le tour des appelations qui cohabitent en France, le cadre légal et les options qui s'offrent à vous.
Sommaire
Des professions encadrées par la loi
- Le psychiatre, médecin de l'esprit
- Le psychologue, correspondant de l'âme
- Le psychothérapeute, celui qui prend soin
Des professions répandues
- Le psychopraticien, celui qui pratique
- Le psychopédagogue ou orthopédagogue, celui qui aide à apprendre
- Le coach, expert en développement personnel
Choisir sa psychothérapie et son thérapeute
- La psychothérapie, une cure de l'esprit
- Le "bon" thérapeute
- Savoir raison garder
Et moi dans tout ça ?
Du cadre à la pratique : être informé(e) pour être bien accompagné(e)
La santé mentale est un sujet d'importance qui suscite de nombreuses préoccupations, notamment de la part des premiers concernés (psychiatres, psychologues). L'apparition de nouvelles pratiques liées à des organismes privés, à des diplômes non reconnus par l'état ou dont les principes fondamentaux manquent parfois de consistance scientifique a augmenté le risque de se retrouver face à un "charlatan".
Ainsi, la Miviludes (mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) signale, dans son dernier rapport, que 37% des signalements concernent le milieu de la santé et du bien-être. Toutefois, si le risque est bien présent, il est à noter, aussi, que le diplôme n'évite pas le danger.
Des professions encadrées par la loi
D'un point de vue formel, seules deux professions de santé mentale sont reconnues et encadrées par la loi : le psychiatre et le psychologue. Ces titres professionnels sont délivrés au terme de certains cursus spécifiques et reconnus par l'état.
Le psychiatre, médecin de l'esprit
Les premières préoccupations liées à la santé mentale apparaissent dans l'Antiquité. Cependant, la psychiatrie en tant que telle est née en Allemagne, en 1808, sous l'impulsion de Johann Christian Reil. Le terme psychiatre est d'origine grecque et composé de ψυχή / psykhḗ, «souffle de vie, âme», et ἰατρός / iatrós, «médecin». Il peut donc être littéralement traduit comme "le médecin de l'âme" et, de fait, c'est le seul, dans cette liste, à suivre des études médicales.
Le psychiatre doit, en effet, suivre un cursus de médecine générale avant de suivre quatre années de spécialisation en psychiatrie et d'obtenir le Diplôme d'Etudes Spécialisées (DES).
La majorité des psychiatres exerce en structure hospitalière car la demande y est très importante. Le psychiatre est le seul praticien de santé mentale à pouvoir prescrire des médicaments ou poser des diagnostics médicaux (dépression, trouble bipolaire, phobie sociale...).
Malgré leurs compétences en psychothérapie, les psychiatres ont longtemps eu une approche purement médicale des troubles de leurs patients et c’est, de fait, le principal reproche qui leur est fait, en particulier par leurs collègues psychologues.
Le psychologue, correspondant de l'âme
Contrairement au psychiatre, le psychologue n’est pas médecin. Professionnel de la santé mentale, il a suivi un cursus en psychologie jusqu’à obtenir un diplôme de niveau Bac+5, soit un master 2 avec, parfois une spécialité en neuropsychologie, en psychologie clinique ou en psychologie du travail, entre autres. Ce titre est reconnu et protégé par l’Etat. Il est interdit d’en faire usage sans l’obtention du diplôme précédemment cité. Les psychologues n’ont pas la qualification pour proposer des traitements médicamenteux mais ils peuvent faire passer des bilans neuropsychologiques et, en particulier des tests de QI.
D’un point de vue étymologique, le psychologue est celui qui fait parler l’âme (du grec ψυχή / psukhế, « âme », et λόγος / lógos, « discours »). Le psychologue propose donc des psychothérapies qui peuvent s’inspirer de divers courants ou pratiques, selon la formation de chacun et donc l’objectif est d’accompagner les personnes qui en ressentent le besoin face à des problématiques plus ou moins passagères : anxiété, séparation, burn-out, etc.
Certaines approches et formations ne sont accessibles qu’aux psychologues titulaires d’un master en psychologie. Ainsi, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ou l'EMDR (en français, Intégration Neuro-émotionnelle par les Mouvements Oculaires) sont, par exemple, pratiquées par de nombreux psychologues.
Le psychothérapeute, celui qui prend soin
Au début des années 2000 et face à l’explosion des nouvelles professions de l’accompagnement en santé mentale, la France a décidé d’encadrer le terme de psychothérapeute en conditionnant son usage à l’obtention d’un diplôme en psychologie ou en psychanalyse d’un niveau bac+5. Ainsi, les psychologues, les psychanalystes ou encore les médecins titulaires d’un master en psychologie ou en psychanalyse peuvent se désigner comme psychothérapeutes. La psychothérapie, en revanche, n’est pas réservée à ses praticiens et il est légal d’utiliser ce terme, y compris dans le cadre d’autres pratiques non encadrées par l’Etat.
Il est à noter que ces dernières années ont vu s’opposer de façon plus ou moins virulente les psychologues cliniciens (environ 30 000 en France) et les psychanalystes (environ 5 500 en France) sur le sujet de la pertinence de l’approche psychanalytique. Cette dernière, initiée par Sigmund Freud, est aujourd’hui enseignée dans des écoles d’inspiration psychanalytique dont les diplômes ne sont pas reconnus par l’Etat. Remise en cause dans la prise en charge, en particulier, des troubles neuro-développementaux et de l’autisme, la psychanalyse n'est donc reconnue par l’Etat mais le psychanalyste peut, selon son cursus, se revendiquer du titre de psychothérapeute.
Des professions répandues
Le psychopraticien, celui qui pratique
L’une des principales professions de la santé mentale, non encadrée par l’Etat, est celle de psychopraticien. Le titre n’étant pas protégé ni reconnu, aucune formation ne l’est non plus et cette dernière dépend du sérieux et de l’éthique du praticien.
L’absence de formation reconnue par l’état n’empêche pas le psychopraticien de pouvoir se former à plusieurs approches et d’accompagner les personnes qui le consultent avec plus ou moins de déontologie et professionnalisme. Il est difficile de faire la liste des formations permettant de devenir psychopraticien parce qu’elles sont nombreuses et souvent reconnues par des organismes tels que Qualiopi – qui n’est pas gage de qualité, ni de diplôme. Il est possible de citer, malgré tout, la Fédération Française de Psychothérapie et de Psychanalyse, l’e-faculté de Psychologie et de Psychanalyse ou encore Psychostudy, entre autres.
De la même manière qu’il est important de se renseigner sur la formation et les pratiques d’un psychologue ou d’un psychanalyste avant de le rencontrer, il est essentiel de se prendre le temps de vérifier la formation, les diplômes ou encore les témoignages concernant un psychopraticien, quel qu’il soit.
Le psychopédagogue ou orthopédagogue, celui qui aide à apprendre
Ces dernières années, le métier de psychopédagogue a également gagné en notoriété et les praticiens en psychopédagogie – souvent positive – se multiplient. Spécialiste des difficultés d’apprentissage, le psychopédagogue accompagne la gestion des émotions, le rapport à l’école mais aussi les stratégies d’apprentissages. Dans le même champ d’actions, se développe également la profession d’orthopédagogue.
Ces professions, ni reconnues ni encadrées par l’Etat, ne se substituent pas aux professions habituelles de l’accompagnement, à savoir l’orthophoniste, le psychomotricien ou l’ergothérapeute. Là encore, le parcours du psychopédagogue (ou orthopédagogue) est un élément essentiel de son approche : A-t-il été enseignant ? Quelle expérience de l’inclusion a-t-il ? Quelle formation a-t-il suivi ?
Comme pour le psychopraticien, il existe de nombreuses formations. A titre personnel, les Diplômes Universitaires (DU) me semblent être gages d’une formation sérieuse, rigoureuse et reconnue par l’Etat.
Le psychopédagogue est avant tout un spécialiste des apprentissages et de l’enfant. Pour autant, selon sa formation, le psychopédagogue peut également accompagner les adultes qui rencontrent des difficultés d’organisation, de planification ou des difficultés liées à un trouble des apprentissages ou de l’attention.
Le coach, expert en développement personnel
L’avènement du développement personnel et l’encadrement du terme de psychothérapeute dans les années 2000 ont amené au développement exponentiel du coaching. Il existe aujourd’hui de nombreux coachs, dans tous les domaines possibles et imaginables touchant au quotidien : organisation, finances, reconversion, relations de couple, rencontre et séduction, scolarité, orientation… Les options sont nombreuses et il est fort probable qu’une simple recherche vous permette de trouver un coach sur le sujet qui vous intéresse, à quelques rues de chez vous ou en visio.
Les organismes de formation sont, là encore, excessivement nombreux et promettent des accréditations ou sont inscrites au RNCP (Registre National de Certification Professionnelle). Quelques Diplômes Universitaires (DU) sont désormais proposés par certaines universités, en réponse à une demande croissante.
Plus encore que les professions précédentes, le coaching apparaît comme une solution ponctuelle à une problématique donnée. D’un point de vue étymologique, le coach, qui a pour origine le coche, voiture du XVIe tirée par des chevaux, fait avancer ses adaptes. Le coach oriente, révèle et aide son client à (re)découvrir et exploiter ses propres ressources. Comme pour les professions précédentes, la formation, l’expérience et les témoignages des clients du coach doivent être des éléments à considérer avant toute prise de décision.
Choisir sa psychothérapie et son thérapeute
Qui pour faire une thérapie ?
La psychothérapie, du fait de ses racines grecques, peut se donc se traduire littéralement comme une cure de l’esprit. Elle a pour vocation d’aider les individus qui rencontrent des difficultés passagères ou durables sur le plan psychologique.
Il existe aujourd’hui de nombreuses formes de thérapies, brèves ou longues, et de nombreuses approches possibles. Comme dans tout métier de l’accompagnement, la psychothérapie repose avant tout sur la relation interpersonnelle qui s’établit entre le patient et le thérapeute, tout comme l’enseignement n’est rien sans le lien entre l’élève et l’enseignant.
S’il est légitime, en particulier pour les psychologues, de souhaiter l’encadrement de l’accompagnement psychothérapeutique, il convient de garder en tête que la multiplicité des formations et des métiers du soin, en particulier pour les professions non encadrées, ne rime pas forcément avec incompétence et escroquerie.
Le "bon" thérapeute
Ainsi, si le rapport de la Miviludes que j’évoquais en début d’article rapportait, en 2024, que 80% des signalements concernaient des non-professionnels de la santé, les psychologues et les psychothérapeutes représentent une proportion non négligeables des signalements concernant les professionnels de la santé, soit respectivement 29% et 14% contre 3% des psychiatres.
L’objectif de cet article n’est pas de mettre tout le monde sur le même plan : les dérives sont plus nombreuses dans les milieux de médecine parallèles et des soins paramédicaux. Les psychiatres et les psychologues sont titulaires de diplômes, et donc d’une formation, qui font défaut aux autres. Cependant, de la même façon que le concours ne fait pas l'enseignant, le diplôme ne fait pas la compétence. Le diplôme garantit la formation et les connaissances.
Au cœur de la relation entre le professionnel et celui qu'il accompagne, la question de l’éthique du thérapeute est essentielle : orienter quelqu’un vers un autre professionnel plus qualifié, reconnaître ses propres limites, être honnête et transparent sur sa formation, son parcours et ses compétences sont autant de preuves du sérieux et du professionnalisme du thérapeute, diplômé d’Etat ou issu d’une autre formation.
La relation de confiance avec le thérapeute est primordiale. En ce sens, il est indispensable de vous orienter vers le bon professionnel selon vos difficultés et vos attentes. Par ailleurs, si vous ressentez le moindre doute, un malaise quelconque avec des propos tenus ou un sentiment d'isolement, sentez-vous libre de mettre fin aux séances et de prendre l'avis d'un autre professionnel.
Sources de l'article
EYRAUD, B. et VELPRY, L., Ce que l'histoire de la psychiatrie nous dit de la psychanalyse, Revue du MAUSS, 37(1), 103-120, (2011)
Hervé Guillemain, Le soin en psychiatrie dans la France des années 1930, Histoire, médecine et santé, printemps 2015,
LE COZ P., Le coaching, un symptôme de fragilité du lien social, Études, avril(4), 31-41., (2015),
VERDO Y., Quelle place pour la psychanalyse en France ?, Les Echos, Septembre 2019,
Quand la psychiatrie sort de l'asile, France Culture (Podcast)
Santé et bien-être en tête des signalements de dérives sectaires (Vidal)






























