Pourquoi votre enfant n'est pas forcément TDA/H ?
Le trouble déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité, constitue de très loin le premier motif qui amène les familles à venir me voir. Recherche d’une solution ou d’un diagnostic, sentiment d’être dépassé par l’agitation ou le comportement de leur enfant… : toutes ces raisons sont légitimes mais sont, également, souvent amplifiées par les réseaux sociaux, les articles qui traitent du sujet ou encore par certains discours de professionnels, un peu trop prompts à diagnostiquer un TDA/H.
« Ce n'est pas à la partie attentive que nous devons faire attention, mais précisément à ce qu'il y a d'inattentif en nous. »,
Samuel Aun Weor
TDA/H ou pas : fausses croyances, vraies difficultés
Savez-vous ce qu’est un syllogisme ?
Il s’agit d’un raisonnement déductif en trois parties. Deux prémisses débouchent sur une conclusion. Le plus célèbre des syllogismes est formulé par Aristote : « Tous les hommes sont mortels (1), Socrate est un homme (2) donc Socrate est mortel (C) ». La validité de ce raisonnement tient dans la vérité des prémisses. Si l’une d’elles est fausse, le raisonnement l’est également.
« Tous les enfants qui ont du mal à se concentrer ont un TDA, cet enfant a du mal à se concentrer donc cet enfant a un TDA ».
« Tous les enfants qui refusent de faire leurs devoirs ont un TDA, votre enfant n’aime pas faire ses devoirs donc votre enfant a un TDA ».
Bien évidemment, les conclusions sont rarement formulées de façon aussi grossière par ceux qui font d’un symptôme un trouble mais elles sont suffisamment délétères pour qu’on s’y intéresse.
Un enfant qui passe rapidement d’une activité à l’autre a un TDA/H
Dès le plus jeune âge, cet argument revient comme le marqueur d’un éventuel trouble déficit de l’attention. Il ne reste pas deux minutes sur une tâche, elle ne sait pas ce qu’elle veut…
Savez-vous quelle est la durée moyenne d’attention soutenue des adultes ? Selon la tâche proposée, la fatigue et les capacités initiales d’attention, les adultes peuvent rester pleinement concentrés pendant 20 à 45 minutes environ. Dans ces conditions, comment espérer qu’un enfant de 2, 4 ou 6 ans puisse colorier pendant 20 minutes ou encore jouer à un même jeu pendant un quart d’heure sans être distrait par les autres jouets autour ou par la conversation des adultes ? Les capacités attentionnelles de l’enfant évoluent de la petite enfance jusqu’à l’âge adulte pour gagner en efficacité et en durabilité : l’enfant est moins distrait et il reste plus longtemps à une tâche. Pour autant, explorer son univers, s’inventer des histoires, changer de jeu, solliciter les adultes sont autant de comportements naturels qu’il est important de ne pas pathologiser.
Les difficultés de régulation attentionnelle deviennent problématiques lorsqu’elles sont importantes au regard de l’âge de l’enfant, persistantes et qu’elles retentissent sur son quotidien : elles peuvent notamment l’empêcher de maintenir son attention, y compris dans des activités qui l’intéressent ou le motivent. L’hyperfocalisation, parfois décrite chez les personnes avec TDA/H, n’est pas non plus un signe spécifique du trouble.
C’est donc le tableau attentionnel global et le défaut de régulation attentionnelle (ne pas réussir à se concentrer, ne pas pouvoir s’extraire d’une activité) qui caractérisent le TDA/H.
Un enfant qui bouge a un TDA/H
Je ne compte pas le nombre de familles que j’ai reçues parce que les enseignants, entre autres, trouvaient les enfants trop remuants, parfois dès la moyenne ou la grande section. Il ne reste pas en place, elle se lève pendant les temps de regroupement, il fait des grimaces pendant que je raconte des histoires…
Un enfant qui s’agite et qui a du mal à rester en place, à table, en classe ou encore pendant les temps calmes n’a pas nécessairement un TDA/H. Il peut manquer d’activité physique, d’intérêt pour ce qu’on lui propose, avoir des difficultés de compréhension ou encore être en recherche de l’attention des adultes. Paradoxalement, un élève, notamment une fille, peut être très calme physiquement et, pour autant, rencontrer des difficultés d’attention.
Le trouble déficit de l’attention avec hyperactivité/impulsivité se caractérise par un défaut d’inhibition qui engendre des difficultés à contenir une agitation mentale et/ou physique. L’enfant peut avoir du mal à contenir son besoin de bouger, à rester en place, à attendre ou à prendre en compte les conséquences de ses actes. Ces difficultés peuvent persister malgré les rappels des règles et les conséquences qui lui sont imposées, sans relever simplement d’un choix volontaire. Cette agitation physique doit avoir un impact sur le quotidien scolaire (difficultés, les sanctions ne suffisant pas à empêcher durablement certains comportements), social (difficultés dans les relations avec les autres) et familial (mise en danger, maladresse).
Un enfant inattentif a un TDA/H
A partir du CP, c’est la grande question et parfois, aussi, la solution toute trouvée aux difficultés : il n’écoute rien, il chantonne en classe, elle est dans la lune, elle ne fait pas ce qu’on lui demande…
Le CP est une classe charnière et un passage souvent compliqué pour les enfants à qui l’on demande, du jour au lendemain, de se tenir tranquilles, de rester assis et d’apprendre à lire. C’est souvent le niveau à partir duquel les difficultés apparaissent sur le plan des apprentissages : la lecture et la numération entrent dans une autre dimension. Un enfant inattentif ou qui décroche n’a pas forcément un TDA/H. Il peut rencontrer des difficultés d’apprentissage qui lui demandent un tel engagement cognitif qu’il finit par décrocher, involontairement, par fatigue. Il peut aussi avoir besoin d’un étayage soutenu du fait d’une immaturité émotionnelle ou d’aménagements spécifiques pour apprendre, justement, à canaliser son attention et à s’engager dans les tâches demandées.
Avant tout diagnostic hâtif de TDA/H, il convient de s’interroger sur les difficultés d’apprentissage, sur les besoins spécifiques pour soutenir l’engagement et la motivation. Encore une fois, les aménagements, notamment par le cadre d’un PPRE, doivent être mis en place AVANT qu’une conclusion ne soit tirée. Les difficultés doivent perdurer pendant au moins 6 mois et les aménagements permettent notamment d’évaluer les progrès et de préciser le tableau clinique.
Un enfant qui a du mal à gérer ses émotions est TDA/H
La question des émotions et de leur « gestion » a sensiblement progressé ces dernières années pour devenir à la fois une préoccupation majeure des parents mais aussi une source d’anxiété constante pour ces derniers. Il fait des crises, elle ne supporte pas qu’on lui dise non, il refuse d’obéir, elle me tape…
Comme les points précédents, la dysrégulation émotionnelle est fréquemment associée au TDA/H. Pour autant, là encore, le symptôme ne fait pas le trouble. Les régions cérébrales responsables de la gestion des émotions, sont en développement pendant de longues années, bien au-delà de la petite enfance, et jusqu’à l’âge adulte selon les dernières études en neurosciences. Un enfant qui ne sait pas exprimer sa frustration ou sa colère est un enfant en plein développement. Le manque de maturité, le contexte familial ou scolaire, une anxiété marquée peuvent également expliquer des difficultés marquées à réguler les émotions.
La dysrégulation émotionnelle chez l’enfant TDA/H est marquée par une disproportion de la réaction par rapport à l’élément déclencheur et à la situation, par une perte de contrôle excessive et par un manque de flexibilité cognitive qui l’empêche de passer à autre chose après la crise. Ces difficultés ont, là encore, un retentissement sur le plan scolaire (perturbation de la vie de la classe), social (relation conflictuelle aux autres, parfois marquées par la violence) et familial (épuisement parental).
Un enfant qui ne supporte pas l’autorité a un TDAH
Des premières années jusqu’à l’adolescence, le sujet de l’autorité et du respect des règles est souvent central dans les difficultés que rencontrent les familles et l’école. Les punitions ne fonctionnent pas, il sourit quand j’essaie de le punir, elle est insolente…
Le refus de l’autorité n’est pas un critère diagnostique du TDA/H en tant que tel. L’impulsivité liée au défaut d’inhibition peut engendrer des comportements inadaptés sur le plan social : sourire face aux réprimandes, manifester de la colère face à une punition ou une contrainte, être incapable de s’arrêter avant d’être puni… Ces manifestations visibles du trouble ne constituent pas, en elles-mêmes, un refus de l’autorité mais plutôt une difficulté à gérer des impulsions contre-productives ou inadaptées. Prises séparément les unes des autres ou isolées d’autres symptômes spécifiques, elles peuvent aussi être l’expression d’une anxiété, d’une immaturité émotionnelle ou encore d’une intolérance à la frustration liée à des pratiques éducatives fragiles.
Il convient, comme souvent, d’apprécier la situation dans son ensemble et d’évaluer les difficultés et leur impact dans les différentes sphères de la vie de l’enfant. Certains enfants qui refusent toute autorité à la maison appréhendent parfaitement le cadre de l’école, ou inversement. Dans ces conditions, l’hypothèse d’un TDA/H ou d’un TOP (Trouble Oppositionnel avec Provocation) doit être envisagée et proposée avec précaution.
Le diagnostic du TDA/H est clinique (il repose sur une analyse des difficultés quotidiennes de l’enfant) mais surtout différentiel : cette hypothèse doit toujours être considérée et évaluée à l’aune des comorbidités possibles (autres troubles) et du contexte dans lequel l’enfant évolue.
Dans ces conditions, il appartient à chacun de faire preuve de mesure avant de proposer une étiquette dont il est parfois difficile, pour l’enfant et sa famille, de se défaire.
Vous vous interrogez sur les difficultés de votre enfant ? Vous avez besoin d'échanger avec un professionnel avant d'envisager un bilan ou des aménagements ? L'école vous a alerté(s) et vous souhaitez avoir un autre regard sur la situation de votre enfant ?
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