5 idées reçues sur le Haut Potentiel Intellectuel (HPI)

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Il y a quelques semaines, je recevais une famille en plein questionnement quant aux difficultés de leur fille, notamment sur le plan relationnel et émotionnel. Des rendez-vous avaient été pris en parallèle chez un neuropsychologue qui avait posé l'hypothèse d'un Haut Potentiel Intellectuel (HPI).
Pour les parents de cette jeune fille, qui songeaient davantage à un TDA/H, cette piste du HPI ressemblait à une sanction.
« J'aurais préféré un TDA, au moins, ça se soigne ! Quand on voit sur les réseaux sociaux ce que c'est que d'être HPI, je ne vois pas comment ce pourrait être une bonne nouvelle », m'a dit la maman désemparée. 
Et pourtant...! 

idées reçues HPI

« Je plains ceux qui ont l'air intelligent ; c'est une promesse qu'on ne peut tenir. », 
Emile-Auguste Chartier, dit Alain

HPI : fausses croyances, vraie chance

Si la réflexion de cette maman m'a donné l'impulsion pour écrire cet article que j'avais en tête depuis longtemps, j'ai craint, un moment, de manquer d'inspiration. Heureusement, un petit tour sur Instagram avec HPI comme mot-clé a suffit pour me donner de la matière pour une dizaine d'articles sur le sujet. 

Les formulations diffèrent d'une publication à l'autre mais globalement les idées sont toujours les mêmes et, si possible, les plus anxiogènes et les plus vagues possibles afin que chacun d'entre nous puisse s'y reconnaître.

Si vous êtes une femme, c'est carrément le jackpot : vous êtes plus sensible que votre conjoint, vous doutez de vos capacités, vous êtes débordée et vous pensez à mille choses à la fois ? Félicitations ! Vous êtes sûrement HPI. Comme toutes les femmes donc à en lire cette définition. 

Les enfants ne sont pas en reste : le vôtre ne supporte pas que vous lui disiez quoi faire, il ne parvient pas à gérer sa frustration, il s'énerve face aux situations qu'il trouve injustes (surtout quand ça le concerne) et il a peur de l'échec ? Félicitations encore ! Votre enfant est comme tous les autres.

Alors, HPI ou pas HPI ? 

Le haut potentiel est un trouble/un handicap

L'inquiétude de cette maman à l'idée que sa fille ait un QI supérieur à la moyenne donnait l'impression qu'une telle caractéristique serait synonyme au mieux d'un trouble, au pire d'une forme de handicap qu'elle aurait à subir toute sa vie. Ce discours s'est d'ailleurs généralisé depuis 20 ans avec des discours bien rôdés qui associent difficultés relationnelles et scolaires à un haut potentiel intellectuel. 

Par définition, pourtant, le handicap est une ressource qui manque et qu'il convient de compenser. Or, le haut potentiel intellectuel est, par principe lui aussi, justement une ressource favorable et en aucun cas un déficit ou une altération du fonctionnement cognitif. 

Au contraire, les capacités cognitives de l'individu à haut potentiel sont globalement supérieures à la moyenne dans l’ensemble des domaines étudiés : mémoire de travail, mémoire à long terme, vitesse de traitement, raisonnement verbal... Ces écarts à la moyenne se répercutent positivement également sur certaines sphères liées à l'intelligence : raisonnement, apprentissage, créativité, humour, esprit critique, résistance aux biais cognitifs, métacognition... 

Les personnes à haut potentiel intellectuel ne forment pas un groupe à part auquel il conviendrait d’associer des comportements pathologiques ou spécifiques : TOC, hypersensibilité, etc., que le haut potentiel pourrait expliquer ou justifier. Ainsi, les discours qui associent HPI et anxiété, dépression ou échec scolaire sont souvent l’effet d’un biais de sélection : seuls les HPI en difficulté consultent ou se tournent vers des structures spécialisées.

De manière générale, l’intelligence est donc une force plutôt qu’un obstacle. En cas de difficultés sociales ou scolaires, il convient néanmoins d'explorer la piste de troubles associés. 

Le haut potentiel est source de difficultés scolaires

Lorsque j’étais encore enseignante, j’avais bénéficié d’une « formation » sur le sujet du HPI. Le formateur, issu de l’Education Nationale, présentait ces enfants comme des élèves dont il fallait prendre en compte les difficultés. Ce discours problématique entretient et diffuse la légende noire des surdoués, cet ensemble de théories populaire, qui justifie un certain nombre de difficultés par le fait d’avoir un haut potentiel intellectuel.

Dans leur grande majorité, pourtant, les élèves à haut potentiel présentent de bonnes performances et ce, dans l’ensemble des disciplines scolaires. En dehors du test de QI, le meilleur indicateur du haut potentiel est, en effet, l’excellence scolaire durable dans plusieurs disciplines.

A l’âge adulte, les études se font plus rares mais elles aboutissent, elles aussi,  à la conclusion que le haut potentiel est associée à une meilleure réussite professionnelle que la population générale.

Cette réalité ne doit pas pour autant exclure les élèves et les adultes qui rencontrent des difficultés à l’école ou dans leur travail, souvent dans un environnement peu propice à la réalisation de leur potentiel et source de frustration. Le sentiment de décalage, souvent mis en avant comme un critère diagnostic, est alors réel. Pour autant, il convient de rester mesuré sur le sujet : ces cas restent minoritaires et la sensation de « réfléchir différemment ou d’avoir une méthode qui n’est pas celle du prof » n'est pas un symptôme ni un indicateur du HPI. 

Le HPI n'écarte pas le risque de difficultés scolaires ou professionnelles associées à un trouble spécifique des apprentissages ou à un TDA/H et il est essentiel de les prendre en compte sans les attribuer au HPI.  Par ailleurs, si le HPI est facteur de réussite, il n'en est pas le gage. 

Un enfant (ou adulte) à haut potentiel est hypersensible et a du mal à gérer ses émotions

De nombreuses publications, sur les réseaux sociaux et ailleurs, associent le haut potentiel intellectuel à une hypersensibilité. Se pose déjà la question de la définition de l’hypersensibilité qui ne constitue en aucun cas, aujourd’hui, un consensus scientifique. Certaines personnes sont plus sensibles aux bruits, aux odeurs ou aux lumières. Cette sensibilité particulière n’est pas scientifiquement associée au haut potentiel intellectuel comme elle peut l’être au Trouble du Spectre Autistique (TSA). Elle ne constitue donc ni un critère diagnostique, ni un symptôme.

On voit également, de plus en plus souvent, apparaître le terme de Haut Potentiel Emotionnel (HPE) qui constituerait une sorte de sensibilité exceptionnelle aux émotions et pourraient engendrer des réactions vives, voire inadaptées, sources de difficultés sociales. Le HPE ne fait, à ce jour, l’objet d’aucune définition scientifique avérée (contrairement au HPI).

Par ailleurs, les études montrent, là encore, que le HPI est associée à de bonnes compétences émotionnelles et sociales. Il n'existe pas de preuve d'une réactivité accrûe de la population HPI aux émotions, ni même d'une plus mauvaise gestion de l'émotion en elle-même. Les études montrent également qu’il n’existe pas de différence sur le plan de l’intégration sociale, et ce, à tous les âges. Si des difficultés existent et sont possibles, elles le sont dans une proportion similaire à celle de la population générale et ne peuvent pas être expliquées par le HPI.

Globalement, les caractéristiques d'hypersensibilité sensorielle ou émotionnelle rapportées par la population HPI consultante (ou par les parents) découlent davantage des représentations courantes du HPI que d'une réalité scientifiquement prouvée. 

La pensée en arborescence est le signe d'un haut potentiel

Le terme de pensée en arborescence désigne un mode raisonnement non linéaire et foisonnant dans lequel une idée en déclenche de nombreuses autres, à la manière d’un arbre aux ramifications indénombrables.

Une certaine part de la littérature associe ce fonctionnement cognitif aux profils HPI, par opposition au mode de pensée linéaire classique qui suit un fil conducteur unique.

Pour autant, les études les plus sérieuses et les plus récentes sur le sujet invalident l’existence d’un tel mode de pensée, même au sein de la population HPI. Un tel mode de pensée supposerait que le cerveau est capable de suivre simultanément plusieurs raisonnements. L’attention ne peut se diviser et ne peut donc parcourir qu’une seule branche de l’arbre à la fois. Il est plus correct d'évoquer un mode de pensée divergent qui amène à une réflexion élargie et à la prise en compte d'un plus grand nombre d'hypothèses et de contraintes. 

De manière générale, les études tendent surtout à montrer que l’individu HPI est capable de créer davantage d’associations d’idées dans un temps donné et donc de pousser plus loin ses raisonnements. Le raisonnement linéaire n’en demeure pas moins, pour sa part, indispensable notamment lorsqu’il s’agit de se faire comprendre, de construire une démonstration ou  de répondre de façon structurée et argumentée à une question précise.

Le HPI est donc moins associé à une pensée en arborescence qu’à une capacité à adapter son mode de raisonnement au contexte et aux attendus. 

L'enfant (ou l'adulte) à haut potentiel déteste l'injustice et ne supporte pas l'autorité

Qui n’a jamais réagi vivement devant une situation qui paraissait injuste ou absurde ? Qui ne s’est jamais offusqué d’une règle arbitraire ou d’un supérieur un peu trop autoritaire ?

Ce « sens aigu de la justice »  serait, selon ses défenseurs, une conséquence directe de l’hypersensibilité supposée  des HPI. Il n’existe pas, pourtant, d’étude scientifique qui prouve que le sentiment d’injustice soit spécifiquement lié au HPI. Les études, à nouveau, montrent un niveau d’anxiété et de sensibilité aux émotions similaire à celui de la population générale. La différence, si tant est qu’il y en est une, se joue davantage sur le plan cognitif : des capacités de réflexion et d’analyse plus développées et plus rapides amènent souvent les individus HPI à déceler et, éventuellement, à verbaliser les incohérences d’une règle ou la contradiction d’une situation plus rapidement que les autres.

C’est cette même vivacité d’esprit qui peut amener les individus HPI à refuser une règle illégitime ou illogique, là où la population générale ne perçoit pas forcément l’aberration ou met plus de temps à en prendre conscience. Par ailleurs, tous les HPI ne ressentent pas le besoin de s’opposer à l’autorité ou de contester l’injustice avec virulence quand bien même ils la perçoivent. Ils peuvent alors tenter de contourner la règle ou de rétablir, d’une façon ou d’une autre, l’équilibre.

La sensibilité à l’injustice ou le besoin de cohérence ne sont pas, en eux-mêmes, des critères diagnostiques, ni des spécificités du fonctionnement cognitif à haut potentiel.

Le haut potentiel intellectuel (HPI) n'est pas un diagnostic puisqu'il ne s'agit ni d'un trouble, ni d'un handicap. Objectivement, un individu est considéré comme étant à haut potentiel lorsque son QI global est égal ou supérieur à 130.

Le HPI est un facteur de réussite sociale, scolaire et professionnelle. Il ne peut, en aucun cas, être considéré comme un facteur de mal-être psychologique, émotionnel ou relationnel. Les difficultés rencontrées par les personnes HPI peuvent, en revanche, comme pour le reste de la population, être l'expression d'un trouble anxieux, d'un trouble dépressif ou d'autres troubles neurodéveloppementaux (TSA, TDA/H, troubles des apprentissages).

Vous vous interrogez sur le profil de votre enfant ? Vous avez besoin d'échanger avec un professionnel avant d'envisager un bilan ou des aménagements ? L'école vous a alerté(s) et vous souhaitez avoir un autre regard sur la situation de votre enfant ? 

Prenez rendez-vous en visio ou à Férel ! 

Sources de l'article

GAUVRIT N., Psychologie du Haut Potentiel, De Boeck Supérieur 

THALMANN Y-A.,  HPI : pensez-vous comme un arbre ?, Cerveau & Psycho N°164, 9 mars 2024,


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